samedi 7 juillet 2012

Kukicha de Keiko



Je vous propose en cette après-midi tiède, un petit voyage vers l’orient… juste assez loin pour se poser sur les Iles des Libellules (Akitsu Shima = les îles des libellules, ancienne dénomination du japon) …  

Attardons-nous sur Kyushu, et plus précisément au sud, dans la province de Kagoshima. C’est ici qu’est cultivé le Kukicha dont je vais vous parler. 

 J’ai vu plus bas dans les notes de dégustations que Ségolène a déjà décrit un "Kuki", dans sa version torréfiée. Je vais ici me pencher uniquement sur le Kukicha, dans sa version classique, simple, vapeur.
 
Ce thé est en fait un thé vert, japonais (tiens donc…)  issu d’un Kabusecha, il a donc bénéficié d’une privation de lumière dans les trois dernières semaines précèdent sa récolte. Le Kukicha tient sa spécificité du fait d’être composé de feuilles… et de fines brindilles, et de sa faible teneur en théine.

Celui-ci provient d’une récolte de mai 2011. Et s’il est distribué par les "Jardins de Gaia", il est en fait importé par la marque "Keiko" pourvoyeuse de thé Jap, bio en général de qualité. 

Son prix n’est pas anodin : 9.20 euros les 50g


A l’ouverture du paquet, c’est une odeur d’herbe coupée, à l’acidité douce et caractéristique qui domine, l’impression de fraicheur est forte…

Les nuances de vert nombreuses… on y reconnait les feuilles d’un vert sombre et brillant, qui se mêlent aux brindilles d’un vert pâle, presque vert d’eau, tirant jusqu’à des teintes plus kaki.

Mais je ne fais pas durer plus l’attente, dégustons !

L’infusion se fera à la théière, dans une eau à 70 degré, pendant une soixantaine de secondes, à raison de 6g pour 200mL.

L’odeur d’herbe fraîche, juste coupée, reste dominante, elle me rappelle les soirs d’été de mon enfance. Les senteurs sont essentiellement végétales, délicates, presque fragiles. La liqueur quant à elle révèle un jaune ensoleillé, vif (qui bizarrement n’est que moyennement rendu en photo…). On retrouve dans la théière les fameuses brindilles, et les feuilles auparavant roulées qui ont pu s’épanouir et s’ouvrir au cours de l’infusion. 

Au goût, les arômes sont sans surprise végétaux et légèrement iodés. Mais ce que je décrirai comme dominant en est la douceur , et la voluptuosité. Les notes sont pleines, rondes, et ce thé ne souffre d’aucune amertume ou astringence.

L’odeur d’herbe coupée se retrouve ici dans une légère pointe d’acidité qui donne finalement à la liqueur une délicate note de fraicheur.

Frais, faible en théine, le thé de tige est pour moi un excellent choix comme thé de journée et même de soirée. Sa fraicheur est de plus sincèrement agréable en période estivale et en fait mon préféré du moment.


mardi 3 juillet 2012

Ludivine

J'ai rencontré Ludivine sur notre page Facebook. Son enthousiasme à communiquer sur le thé m'a tout de suite sauté aux yeux. Ensuite, en papotant un peu, sa "curiosithé" m'a beaucoup plu. En effet, cette amatrice de thés japonais n'a pas hésité a s'aventurer vers un Tuocha de Chine, rien que ça! C'est alors que j'ai été persuadée qu'il fallait absolument qu'elle écrive sur ce blog. Merci à elle d'avoir accepté l'invitation.

Ses goûts très différents des nôtres, plutôt amateurs de thés chinois, et sa passion communicative en font la personne idéale pour ouvrir cette rubrique des invités... Aussi, je la laisse se présenter elle-même.



Tout a commencé pour moi par un bain... un bain culturel et peut être aussi générationnel.

Des Arts Martiaux comme sport de famille, au thé, il n'y a qu'un pas, et il suffit même parfois de longer un tatami. Au hasard, d'une exposition culturelle, enfant, une odeur, des bruits m'avaient détournés de mon objet premier pour m'amener quelques mètres plus loin et me faire découvrir une cérémonie du thé traditionnelle.

L'impression de sérénité, de calme, de maîtrise étaient palpables et marquaient presque l’atmosphère autour de cette table…

Mais ça n’est que quelques années plus tard, cherchant dans un supermarché de quoi égayer mes petits déj’ de lycéenne, qu'il m'ait apparu que Proust n'avait finalement pas tort. La boite de Gunpowder en vrac, qui avait attiré mon attention avec ses couleurs jades trop criardes et que je tenais maintenant dans ma main avait suffi...

Ainsi, aussi sur que tout aquariophile chevronné a un jour commence par un poisson rouge tournant tristement dans une boule, s'est alors ouvert à moi un nouveau monde labyrinthique peuplé de sachet, d'infusion, de mousseline de toutes sortes... parfois, souvent remplis d'obscures entités végétales qui une fois trempées dans l'eau chaude, me donnaient accès à ce fameux THÉ, comme je persistais à le penser alors naïvement.

Mais de découverte en curiosité, d'esprit aventureux en lecture, ces infusettes sont petit à petit devenues étrangères à mon placard, ma boule à thé a été remisée, mes choix, mes goûts se sont affinés, devenus plus exigeants et pointilleux aussi surement.

Et comme tout apprentissage commence par la base, je me suis tournée vers les thés d’origine… pour leur force simple mais tellement agréable, et de manière presque aussi absolue vers les thés verts japonais, doux, frais... typiques, et j’y suis toujours… 15 ans plus tard!

C’est au hasard de mes balades virtuelles, cherchant de nouveaux thés, de nouveaux avis de dégustation, et des gens partageant cette addiction que je suis arrivée sur ce blog et… Ségolène a fait le reste :-)

Ludivine 




Découvrez sa première fiche de dégustation avec le  Kukicha de Keiko.... qui arrive prochainement sur le blog!

jeudi 28 juin 2012

Vietnam - Blue Oolong Lotus de Theodor

Les magnifiques lotus dessinés par Chen Jiang Hong dans l'album jeunesse "Lian"

Lian sortant de la fleur de lotus - "Lian", Chen Jiang Hong
Si certains trouvent des petites filles dans des fleurs de lotus ("Lian" de Chen Jiang Hong, dédicacé à Francine, c'est dingue elle est partout la Nomade! ^_-), au Vietnam on y recueille parfois du thé. En effet, les vietnamiens savent depuis longtemps marier le thé au parfum suave du lotus. Une tradition élevée au rang d'art. A ce sujet, je vous conseille vivement de lire les articles suivants : "Le thé au lotus, le breuvage raffiné des Hanoiens" et "L'art de thé vietnamien", par exemple.

Après avoir évoqué cela, j'aurais pu également vous parler de design ("Thé et Lotus" par Maud Braghetti) ou du symbolisme du lotus, que l'on retrouve dans différentes cultures, notamment dans la culture et la poésie chinoises ("La fleur de lotus pour les chinois", "La Chine à double sens : le lotus"), dans des proverbes japonais ("Dire adieu au monde misérable, être assis sur un lotus, c'est un rêve de celui qui aime" -source ici) ou encore dans la littérature Hindoue ("Quiconque dans l'action dédie ses œuvres à l'Esprit Suprême, en écartant tout intérêt égoïste dans leur résultat, n'est pas plus atteint par le péché que la feuille de lotus n'est affectée par l'eau." Bhagavad-Gîtâ verset 5.10), ainsi que dans le bouddhisme où le lotus (Nelumbo nucifer), qui s'élève au dessus de la boue et possède des capacités autonettoyantes, donc n'est jamais souillé (grâce à "l'effet lotus" : les gouttes d'eau qui s'écoulent sur la rugosité nanométrique de la feuille emportent avec elles poussières et particules), représente la pureté et le détachement. (Oh! Un point! Profitons-en pour reprendre notre souffle après cette longue phrase.) 

Oui, j'aurais pu vous entretenir de tout cela, mais non, je n'en ferais rien. Ce n'est pas mon genre du tout de partir dans des digressions interminables. Je préfère faire preuve de rigueur et me centrer sur mon sujet, rester dans le cadre strict de la note de dégustation, sans autre bavardage somme toute inutile, car ce qui nous intéresse ici, en dehors du fait que dans le lotus tout se mange (ah! quand la gourmandise pointe le bout de son nez...), ce sont les parfums que confère le lotus à nos chères feuilles de thé. Donc je n'écrirais rien en dehors du thème principal de la note, très structurée, de dégustation du "Blue Oolong Lotus" de Theodor.
 (6,20 €/100g en sachet, c'est à la portée de toutes les bourses!)



Pour nous mettre en bouche, voici ce qui est écrit sur le site (où il est classé parmi les thés verts parfumés, il y a de quoi perdre le nord!) : 

"Un «Jardin retiré» dans la campagne vietnamienne d’une beauté extraordinaire. Il s’agit d’un Blue Oolong, un Wulong du Vietnam qui porte dans ses origines la protection évidente des cieux.
A l’instar de nombreux autres thés, nombreuses autres origines, le thé, les bourgeons sont récoltés dans les premières heures de la journée et préservés ainsi jusqu’au soir où ils sont déposés, poignée par poignée, dans chaque fleur de Lotus qui embellissent les lacs de la plantation.
Au matin, à la rosée, refermées sur elles-mêmes durant la nuit, les fleurs se redressent fièrement, et rendent aux cueilleurs le thé qui s’est ainsi laissé parfumer de leurs fragrances, après avoir été conservées comme un trésor. Délicat, long en bouche, d’une douceur absolue, ces parfums associés à la noblesse d’un Oolong offre un nectar que l’on se doit de déguster.

Tps d'infusion conseillé  : de 1.45min à 2.30 min avec une eau à 80°"

Poursuivons par la dégustation :
 [NB : Cliquer sur les photos pour les agrandir]
 
Les feuilles sèches, d'un vert très foncé un peu grisé, sont parsemées de nombreuses tiges de bois de couleur beige à brun clair. Leur parfum est particulièrement suave et me fait penser à des fruits exotiques.

J'effectue ma dégustation dans un petit zhong. Je dose mes feuilles comme pour un thé au jasmin ou un thé vert nature. Soit un fond de zhong ou une petite cuillère.

Afin de ne pas brûler les feuilles, sans sortir le thermomètre, je verse un peu d'eau fraiche dessus, juste un fond...
Puis j'ajoute l'eau chaude jusqu'à remplir le zhong. (D'ailleurs, savez-vous qu'on le nomme également, voire plus fréquemment, gaiwan?) A l'aide du couvercle, je m'amuse à faire danser les feuilles. C'est si captivant que j'en oublie de veiller au temps d'infusion! Rien de grave, je pense que ça reste (à peine) en dessous de la minute.
(Une autre photo se trouve par ici)

La liqueur, d'un beau orange, est un peu plus foncée que d'habitude avec ce thé (à cause du temps d'infusion plus long, évidemment). Les arômes en sont également un peu perturbés. Si j'y sens encore la douceur des fruits exotiques, une amertume plus florale paraît. Elle n'est pas désagréable et s'accompagne même d'une pointe de fraîcheur légèrement anisée. (L'anis que j'avais bien senti lors de la dégustation, en présence de Guillaume Leleu fondateur de la maison Theodor lui-même, mais que je ne retrouvais pas depuis. Je me demandais même si c'était bien le même thé que nous avions alors goûté, car il existe un autre thé au lotus, il me semble, chez Theodor... En fait, je me pose tout de même encore la question.)


  

Pour conclure cette petite fiche de dégustation, c'est un thé parfumé, tout à fait correct pour son prix, et qui a le mérite d'être bien agréable, avec beaucoup de douceur malgré l'amertume qui peux s'y faire sentir (si vous y êtes sensibles, il suffit de faire attention à la température de l'eau et au temps d'infusion et vous n'aurez que la douceur de ce thé). Le plus de ce thé, c'est vraiment le lotus. Il lui procure de savoureuses notes fruitées, des parfums exotiques propre à cette délicieuse fleur. Miam!!

(Un thé disponible chez Ailleurs à Bordeaux, place du Parlement à Bordeaux... Courrez y vite avant qu'il n'y en ait plus!)

lundi 25 juin 2012

Prenium Formosa Alishan de Dragon Tea House

Dragon Tea House est une boutique chinoise de thé et d’accessoires qui vend sur Ebay. Grâce à Mr Pomme, que nous remercions, nous avons l'occasion de tester quelques-uns de leurs thés, dont ce Alishan.


Dégustation en petit zhong (60ml) avec environ 3g de feuilles. Les deux premières infusions sont d'environ 20s, la troisième est poussée à 1m30s. Poursuivre les infusions s'est avéré sans intérêt.

Feuilles sèches :

Feuilles roulées en perles irrégulières de différentes grosseurs, de couleur à dominante vert foncé, voire vert bouteille avec quelques touches plus claires, tirant vers le kaki. Un parfum pâtissier s'en dégage, qui me fait penser à des biscuits breton au beurre avec une pointe de caramel.


Liqueur :

Sur le couvercle du zhong, je sens d'abord un parfum d'épinard qui se mue doucement vers une légère note caramélisée.
D'un jaune pâle, la liqueur, peu goûteuse , est décevante par rapport au parfum pâtissier des feuilles sèches. Arômes de vieilles noisettes grillées, de foin (pas bon signe, ça), une légère note de beurre et une fin de bouche plus sur l'épinard, notamment pour la troisième infusion qui me parait également plus boisée.
Liqueur peu intéressante, sans équilibre et avec trop de notes de mauvaise torréfaction à mon goût.

Infusion (feuilles humides) :

Plutôt sombre, mais tout de même assez verte. Grandes feuilles sur tige. Toutes les feuilles sont très abîmées. Parfums essentiellement sur des notes grillées de céréales et de fruits à coque.


Conclusion :

Je n'ai pas beaucoup apprécié ce thé, à la torréfaction mal maîtrisée et qui semble travaillé sans délicatesse, sans respect de la feuille. Je crains également fort que la cueillette date de quelques années... Et si ce n'est pas le cas, il a en tout cas le goût du thé passé (trop vieux, mal conservé).

Il me reste le Tie Guan Yin à découvrir, peut-être sera-t-il de meilleure qualité? (Je croise les doigts, mais après ce que Mr Pomme m'a lui-même écrit, j'ai peu d'espoir... Pff!)