Le 8 juillet 2012, Ségolène et moi avons dégusté ce
thé offert par M.Pomme.
Nous l'avons dégusté avec une eau peu minéralisée
mais au pH élevé : 7,8. C'est l'eau pyrénéenne d'Ogeu-les-Bains.
Pour ma part, je l'ai dégusté à l'aveugle.
I Feuilles sèches :
Les feuilles sont roulées sur elles-mêmes dans la
longueur, puis aplaties. Elles sont très noires, avec quelques tâches brunes.
Elles dégagent une odeur de charbon, de bois et peut-être un peu de caramel.
C'est dès ce moment que je reconnais un thé des
rochers. C'est un petit pas pour moi, et absolument pas un grand pas ni pour
l'humanité ni pour le thé ! Mais quand même, reconnaître un thé à l'aveugle,
sans même le goûter (ou même en le goûtant), c'est passer une petite marche
personnelle sur sa voie du thé. Observer comme ils sont fiers les amateurs de
vin quand ils reconnaissent la parcelle sud-est d'un Château Margaux 1984 à
l'aveugle ;-)
Placées dans un zhong réchauffé, les feuilles
dégagent des odeurs de bois chaud, de caramel et de miel. Ségolène, qui a le
nez plus fin, décèle également de la praline et du raisin sec.
II Tasse à sentir
La première infusion est très courte : 15 secondes.
Mais elle suffit pour que s'expriment la cire, le bois chaud, un miel sombre.
Ce thé a l'odeur caractéristique des thés de rocher : une odeur que je ne
saurais définir mais que j'identifie cependant. Il a des notes très marquées de
torréfaction.
III Liqueur
La liqueur est pesante, mais comme pour les
parfums, je ressens un certain poids, une certaine lourdeur.
Il n'y a aucune aspérité ni astringence. L'amertume
est très légère et en finale.
Lors des infusions suivantes, je ressens quelque
chose de très minéral, très fluide. Et c'est comme si les arômes étaient « à
côté » de ces sensations premières. J'ai beaucoup de mal à identifier les goûts
: du caramel, du bois, peut-être du cuir. Poussé un peu, le thé donne de la
gentiane, mais sans son amertume. Trop poussé, il donne du charbon et une
amertume dès l'attaque. Ségolène retrouve également du cacao.
IV Conclusion
On ne vit pas impunément dans le Bordelais, où le
vin est une religion qui vient d'avoir sa grand'messe. Au cours de la fête du
vin, deux exemplaires du magazine Terres de Vins nous ont été offerts. J'aime
bien leur idée de conclure une dégustation en faisant une rapide synthèse et en
donnant une idée de la valeur qu'ils accordent au vin. Dans Sud-Ouest, je
retiens la citation d'un professeur d'oenologie : « les grands vins sont
toujours décevants en dégustation à l'aveugle ». J'ignore s'il faut voir de
l'ironie dans cette citation.
Ce thé de rocher n'a pas trop de défauts (quoiqu'ils
présentent trop de miettes) mais hélas, pas trop de qualités non plus : il
manque d'arômes, de puissance, d'équilibre et il est peu évolutif. Selon moi,
il peut servir à introduire à cette famille, si son prix n'excède pas les 16 €.
En apprenant que c'est un Da Hong Pao, je suis
étonné et me dit que soit les Da Hong Pao ne méritent pas leur réputation,
soit, et c'est plus probable au souvenir d'autres thés de rocher (notamment un
Rou Gui bu chez Vivien Messavent), c'est un Da Hong Pao médiocre. Et dans ce
cas, je le déconseille.
La conclusion de l'aveugle n'est pas la même que
celle de celui qui connaît l'étiquette.
Nous remercions M. Pomme car c'est toujours un
plaisir de découvrir et d'échanger du thé.
[Da Hong Pao AAA, Jing Tea, Printemps 2010]
Patrick