mardi 17 juillet 2012

Un aveugle dans les rochers...


Le 8 juillet 2012, Ségolène et moi avons dégusté ce thé offert par M.Pomme.

Nous l'avons dégusté avec une eau peu minéralisée mais au pH élevé : 7,8. C'est l'eau pyrénéenne d'Ogeu-les-Bains.

Pour ma part, je l'ai dégusté à l'aveugle.

I Feuilles sèches :

Les feuilles sont roulées sur elles-mêmes dans la longueur, puis aplaties. Elles sont très noires, avec quelques tâches brunes. Elles dégagent une odeur de charbon, de bois et peut-être un peu de caramel.

C'est dès ce moment que je reconnais un thé des rochers. C'est un petit pas pour moi, et absolument pas un grand pas ni pour l'humanité ni pour le thé ! Mais quand même, reconnaître un thé à l'aveugle, sans même le goûter (ou même en le goûtant), c'est passer une petite marche personnelle sur sa voie du thé. Observer comme ils sont fiers les amateurs de vin quand ils reconnaissent la parcelle sud-est d'un Château Margaux 1984 à l'aveugle ;-)

Placées dans un zhong réchauffé, les feuilles dégagent des odeurs de bois chaud, de caramel et de miel. Ségolène, qui a le nez plus fin, décèle également de la praline et du raisin sec.

II Tasse à sentir

La première infusion est très courte : 15 secondes. Mais elle suffit pour que s'expriment la cire, le bois chaud, un miel sombre. Ce thé a l'odeur caractéristique des thés de rocher : une odeur que je ne saurais définir mais que j'identifie cependant. Il a des notes très marquées de torréfaction.

III Liqueur

La liqueur est pesante, mais comme pour les parfums, je ressens un certain poids, une certaine lourdeur.

Il n'y a aucune aspérité ni astringence. L'amertume est très légère et en finale.

Lors des infusions suivantes, je ressens quelque chose de très minéral, très fluide. Et c'est comme si les arômes étaient « à côté » de ces sensations premières. J'ai beaucoup de mal à identifier les goûts : du caramel, du bois, peut-être du cuir. Poussé un peu, le thé donne de la gentiane, mais sans son amertume. Trop poussé, il donne du charbon et une amertume dès l'attaque. Ségolène retrouve également du cacao.

IV Conclusion

On ne vit pas impunément dans le Bordelais, où le vin est une religion qui vient d'avoir sa grand'messe. Au cours de la fête du vin, deux exemplaires du magazine Terres de Vins nous ont été offerts. J'aime bien leur idée de conclure une dégustation en faisant une rapide synthèse et en donnant une idée de la valeur qu'ils accordent au vin. Dans Sud-Ouest, je retiens la citation d'un professeur d'oenologie : « les grands vins sont toujours décevants en dégustation à l'aveugle ». J'ignore s'il faut voir de l'ironie dans cette citation.

Ce thé de rocher n'a pas trop de défauts (quoiqu'ils présentent trop de miettes) mais hélas, pas trop de qualités non plus : il manque d'arômes, de puissance, d'équilibre et il est peu évolutif. Selon moi, il peut servir à introduire à cette famille, si son prix n'excède pas les 16 €.

En apprenant que c'est un Da Hong Pao, je suis étonné et me dit que soit les Da Hong Pao ne méritent pas leur réputation, soit, et c'est plus probable au souvenir d'autres thés de rocher (notamment un Rou Gui bu chez Vivien Messavent), c'est un Da Hong Pao médiocre. Et dans ce cas, je le déconseille.

La conclusion de l'aveugle n'est pas la même que celle de celui qui connaît l'étiquette.

Nous remercions M. Pomme car c'est toujours un plaisir de découvrir et d'échanger du thé.

[Da Hong Pao AAA, Jing Tea, Printemps 2010]


Patrick

vendredi 13 juillet 2012

Echantillons, encore plus de thés à découvrir...

Pour compléter la liste des thés reçus dans le cadre des échanges, voici la sélection de thés chinois spécialement choisie pour moi par Charlotte de "Leaves and Buds". Merci de tout cœur pour ce très bel éventail de thés, accompagné d'une jolie carte et de drôles de petits autocollants, le tout dans un paquet très soigné. Bon, je suppose que le fait de tenir une boutique aide un peu à avoir sous la main le matériel nécessaire à la confection des échantillons et du colis. Ce qui ne m'empêche pas d'apprécier le résultat, d'autant que tous les marchands ne prennent pas toujours autant de soins, même pour les bons clients.

Une bien jolie carte portant...
...  un petit message et accompagné de trois autocollants "make friends with tea",
slogan que je ne peux qu'approuver.
Et tous ces thés chinois!
J'ai donc accueilli, avec grand plaisir, ces charmants sachets d'échantillons, dont

de nombreux thés verts de 2012 :

Lu An Gua Pian n°1 (Anhui)
Lu An Gua Pian n°2 (Anhui)
Huang Shan Mao Feng (Anhui) 
Xiang Lan (Anhui)
Xi Hu Long Jing (Zhejiang)
Mei Jia Wu Long Jing n°2 (Zhejiang)
An Ji Bai Cha (Zhejiang)
Tian Tai Shan Yun Wu  (Zhejiang)

deux wulong :

Mi Lan Xiang Dan Cong de 2012 (Guandong)
Xian Dai Tie Guan Yin de 2011 (Anxi, Fujian)

et un thé rouge de 2012 (thé dit noir en occident) :

Jin Ya (Yunnan)

J'ai tellement de thés à goûter, je n'ai qu'une chose à ajouter... Vivement les prochaines dégustations!

mercredi 11 juillet 2012

Suprême Tie Guan Yin 2011 de Dragon Tea House

Nous poursuivons la découverte des thés de Dragon Tea House entamée avec le Alishan prenium. Voici donc le Suprême Tie Guan Yin, toujours d'un échange avec Mr Pomme.

Les feuilles sèches, du vert sombre au kaki-clair, sont à peines roulées en perles de tailles variées. Présence de tiges brun-clair. Les feuilles paraissent très sèches, cassantes. Elle s’effritent. Il y a d'ailleurs beaucoup de miettes dans le sachet-échantillon.
Le parfum, faible, est végétal fleuri accompagné d'une note de noisettes grillées.

Je pèse 3g de feuilles comme pour de nombreuses fois où je présente un thé sur le blog, bien qu'habituellement je dose mes feuilles à l’œil nu. J'essaye d'éviter au maximum de mettre des miettes dans le zhong (contenance 6 à 7cl). Trois infusions d'une vingtaine de seconde environ.

La liqueur, assez pâle aux reflets verts (désolée, la photo est trop sombre), dégage un parfum de caramel sur le couvercle du zhong.
La liqueur ne donne pas grand-chose. Des arômes ténus de beurre cuit, de fruits à coque, de bois brûlé avec une petite pointe de verdure. Evidemment, au fond de la tasse, il y a des miettes!





L'infusion, vert-foncé, présente des feuilles abîmées, déchirées, rognées... Un véritable carnage, ce n'est pas beau à voir. Son parfum est celui du charbon avec une pointe d’épinard cuit.




Encore un thé inexpressif et de mauvaise qualité... Fuyons!

mardi 10 juillet 2012

Ya Shi, août 2011, de Jing Tea Shop

Cela fait un moment que je veux goûter au doux parfum d'excréments de canard. Non, vous n'hallucinez pas, "parfum d’excréments de canard", c'est bien ce que j'ai écrit car il semblerait que ce soit la traduction du nom chinois de ce cultivar "Ya Shi Xiang". Un nom pas très avenant mais non dénué d'humour!

C'est Mr Pomme qui me donne l'occasion de tester le Ya Shi de Jing Tea Shop. Un petit mot sur cette boutique en ligne, dont il me faut signaler que, chose encore trop rare dans le monde du thé, pour chaque thé en vente, ils indiquent le terroir, la date de récolte, l'altitude et le grade. Malheureusement, je ne peux vous transmettre ces informations car je n'y ai pas eu accès, la récolte que j'ai reçue datant de 2011, elle n'est plus en ligne.

Longues et torsadées, plutôt sombres dans l’ensemble, avec de nombreuses nuances de vert, du noir aux reflets verts au vert-jaune presque beige en passant par le kaki, et l'on y voit également des taches brunes. Cette variété de couleurs des feuilles sèches m'étonne... et m’inquiète un peu, ainsi que la présence de nombreuses tiges. Mais les parfums me rassurent.

Respirer les feuilles sèches de cet échantillon est pour moi un grand plaisir. D'abord, un fugace parfum de beurre pâtissier qui laisse rapidement place à un nez fruité, fruits à chair jaune et fine, de la pêche et de l'abricot notamment, et fruits exotiques, douceur fruitée et délicatement florale comme de la mangue, avec une fine note d'agrume (citron vert, voire kaffir) qui épouse le tout. Réchauffées par l’humidité du zhong rincé à l'eau bouillante, les feuilles offrent  des parfums de tarte à l'abricot et de confiture. Dans l'ensemble, ces feuilles de thé ne présentent pas par de grands éclats odorants mais beaucoup de subtilité dans l’agencement de ses parfums. Je me réjouis d'avance de découvrir les arômes de la liqueur.

Spécialement pour vous, je prends la précaution de peser la quantité de feuilles sèches (avant de les déposer dans le zhong humide, bien entendu), il y en a 3g. L'infusion se fait dans notre petit zhong blanc (contenance de 6cl à 7cl). Nous avons l'habitude pour ce type de thé de réaliser des infusions très courtes, de l'ordre de 10s à 15s. Nous nous rendons rapidement compte que pour obtenir les arômes de ce thé, il faut pousser les infusions plus longtemps. Patrick est aux manœuvres. Il juge le moment de stopper l'infusion aux parfums qui recouvrent le couvercle du zhong. Au bout d'une quinzaine de secondes, ces parfums ne lui semblent pas suffisants, il attend jusqu'à un peu plus de 30secondes. C'est encore trop peu en fait. A la 5ème infusion, lorsqu'il se décide à pousser à 1minute le thé a déjà donné presque tout ses arômes qui deviennent presque imperceptibles. Par contre l'amertume se fait plus présente et la texture âpre. Mais revenons aux parfums et aux arômes de la liqueur.

Sur le couvercle du zhong, les parfums fruité (fruits jaunes) évoluent vers des parfums frais d'herbe, un peu florale, avec des épices douces (c'est léger). Patrick a préféré utiliser le set avec tasse à sentir (je les trouve trop petits ces sets), son ressenti est légèrement différent car il la respire de suite après l'avoir vidée, alors que je dois attendre que monsieur dépose le zhong pour m'emparer du couvercle, d'où les parfums s'estompent rapidement. Il a donc d'abord senti une odeur de légumes bouillis puis, comme moi, des fruits et des épices, plus tard une odeur citronnée (zeste) et florale... mais pas d'herbe. Soit! Il n'y a pas vraiment d'erreur en dégustation, seulement des manières différentes d'assembler les molécules des parfums, des arômes et de les exprimer. Alors, nous tombons rarement d'accord sur tout, mais dans les grandes lignes, nous nous rejoignons souvent.

La liqueur est jaune pâle, légère avec très peu d'attaque en bouche. Les arômes manquent de puissance. J'ai retrouvé la fraîcheur herbeuse (herbe aromatique?), surtout sur la (très faible) longueur en bouche, avec un côté un peu boisé-épicé. Les notes de fruits, d'abord sur des arômes de fruits jaunes, deviennent de plus en plus citronnées, plutôt feuilles de kaffir à mon avis. Malheureusement, elles manquent cruellement d'intensité. Sur la 5ème infusion (celle à 1min., presque sans arôme, donc sans intérêt), l’âpreté de la liqueur soutient des arômes empyreumatiques, c'est assez désagréable.


Grandes (voire très grandes) feuilles coupées, grandes feuilles entières, des tiges, voilà un aperçu de ce que l'on retrouve dans l'infusion (feuilles humides et ouvertes). Les feuilles sont assez vertes dans l'ensemble. On note des signes d'oxydation sur certaines feuilles, le brun sur les bords, et quelques autres ont même des taches brunes bizarrement réparties. Malheureusement, il y a des traces d'une mauvaise torréfaction (des bords de feuilles carbonisés), d'où les notes désagréables de brûlé, je comprends mieux.


Les plaisants parfums des feuilles sèches ne s'expriment pas dans la liqueur. Ils ne donnent en bouche que des arômes effacés, aucune attaque, aucune intensité, pas de longueur. En fait, aucune présence en bouche sauf quand la liqueur devient franchement désagréable... Déception. De plus, s'épuiser aussi vite pour un Dan Cong c'est de l'inattendu. Avec ce type de thé, habituellement on dépasse allègrement les 10 infusions consécutives, celui-ci est bien loin de les atteindre!